Mayday, Mayday, besoin de renforts!
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Nous avons tous déjà ressenti cette impression de courir après le temps, ce sentiment d'être éparpillés au point de ne plus savoir où donner de la tête. À l'opposé, nous connaissons aussi ces périodes de stagnation lassantes où aucun projet ne semble avancer, nous laissant croire que nos efforts sont vains. En tant que ministres de l'Évangile, ces sentiments sont souvent exacerbés, affectant notre vie de famille et entraînant une lourdeur au sein de nos assemblées.
Je sais que je ne suis pas seul, et que c’est parfois un sujet tabou; une réalité souvent entérrée sous une pile de masques dominicaux. Pourtant, les recherches menées par Barna Group et Lifeway Research révèlent qu'en 2022, environ 42 % des pasteurs évangéliques ont sérieusement envisagé de quitter le ministère en raison de la dépression, de l'anxiété ou de l'épuisement professionnel, contre 29 % l'année précédente. Parmi ces ministres essoufflés, 46 % ont moins de 45 ans, ce qui touche directement la relève de nos Églises. Mais si nous considérions cet enjeu d’un autre angle?
Je suis quelqu’un de particulièrement cartésien et je suis convaincu qu'il est impossible d'obtenir un résultat différent en répétant les mêmes méthodes. L’humain, naturellement réfractaire au changement et confortable dans ses habitudes, a parfois de la difficulté à même considérer qu’une saison doit changer, même si ce changement mène à un gain appréciable. C’est encore plus vrai quand vient le temps de déléguer, parce qu’après tout, nous sommes toujours mieux servi par soi-même, non? Si cela sonne familier, c’est normal.
Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est de retenir un petit mot, mais plein de puissance… Ezer.
Le terme hébreu Ezer (עזר) signifie au sens large « assistance » ou « aide », mais dans un contexte militaire, où Israël sollicitait l'appui de peuples alliés, ce mot souligne non seulement un besoin de secours, mais surtout l'importance d'une aide structurée et stratégique visant la victoire. Ce principe est vitale pour chaque aspect de notre quotidien (efficience, efficacité, discipline personnelle, harmonie familiale), mais fondamental à la réussite du ministère auquel Dieu nous appelle. Faire cavalier seul n'a jamais été la volonté de Dieu.
Cette importance de l'aide mutuelle traverse la Bible. Citons en exemple lorsque Jésus envoie ses disciples deux par deux afin de préparer sa venue (Luc 10), ou quand Moïse s'entoure de chefs pour gérer le peuple (Exode 18). La racine « Ezer » apparaît d'ailleurs plus de 80 fois dans l'Ancien Testament et à 11 reprises dans le Nouveau Testament de par son alter ego grec « Boéthos », apparaissant dès la Genèse.
La Bible Louis Segond 1910 Chapitre 2
L’Éternel Dieu dit: Il n’est pas bon que l’homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui.
Depuis le commencement, Dieu, dans sa toute-puissance et son omniscience, a confié à l’homme la responsabilité de cultiver et de garder le jardin d’Éden. Dès lors, il avait établi que l’homme aurait besoin d’une aide semblable pour accomplir sa mission. En lisant Genèse 2:18, je réalise que mon propre « baromètre d’humilité » nécessite parfois un *petit* recalibrage. En toute honnêteté, malgré toute ma bonne volonté, je serais incapable de remplir l’assignation de Dieu pour ma vie et pour ma famille sans l’Ezer qu’Il a placée à mes côtés. Pour illustrer ma pensée : si Dieu est mon secours (Ps 33:20; 70:5; 121:1-2), mon épouse est souvent la bouée de sauvetage qu’Il utilise lorsque les vagues se déchaînent. Hormis le Seigneur, mon épouse est la personne qui me connaît le mieux ; elle me soutient dans mes vallées et est la première à célébrer mes victoires. Elle est cette femme de caractère et peine de capacités, telle que décrite dans Proverbes 31, que Dieu a créée pour être mon aide semblable. Il l’a placée sur mon chemin, et je serais insensé de ne pas l’honorer! Mais tout le poids de l’église locale ne peut reposer que sur deux épaules.
Ce que j’essaie d’exprimer, c’est qu’à travers mon jeune parcours, moi un (encore) jeune ministre ayant grandi au sein de l'église locale, j’ai trop souvent pu voir des hommes et des femmes de Dieu proches de moi épuisés et brisés par les vents contraires. La cause est souvent la même : l'oubli que nous ne pouvons fonctionner sans le corps de Christ. Je crois fermement qu’il est temps de passer d'une structure traditionnelle, où le pasteur assume tout, à un modèle de discipulat (discipleship) où le “chrétien” devient un “disciple” actif, au service du corps et de la vision. Comme Moïse, nous devons discerner des personnes capables, intègres et habitées par la crainte de Dieu (Exode 18). À l'instar des apôtres, recherchons des collaborateurs de bon témoignage, remplis de l'Esprit et de sagesse (Ac 6:1-4). Cette crainte de l'Éternel se manifestera dans leur discernement, leur assurance, leur prévoyance et leur intolérance du mal (Ps 111:10; Pro 2:17; 8:13; 9:10; 14:26-27).
La Bible Louis Segond 1910 Chapitre 2
Et ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-le à des hommes fidèles, qui soient capables de l’enseigner aussi à d’autres.
Placer les bonnes personnes aux bons endroits soutient la vision et protège le troupeau. Tout comme un corps a besoin d’exercice pour être en santé, entraînons-les afin qu’ils soient solides, forts et efficaces dans l’exercice de leurs dons et de leur appel (1 Cor 12). Ces collaborateurs permettront de diviser la charge de travail, vous libérant ainsi pour former de nouveaux disciples qui, à leur tour, transmettront ce qu'ils ont reçu (2 Tim 2:2), car après tout, c’est à ceci que nous sommes appelés (Mat 28:19-20).
